C'est
avec grand plaisir que je me joins à l'équipe des chroniqueurs
de la Toile horticole. Il y a déjà un petit bout de temps
que l'on m'attend mais, j'avais beaucoup d'autres engagements.
Comme vous le savez, dans le domaine de l'horticulture, le
début de l'été est une période plutôt occupée. Enfin, en cette
période-ci cela semble vouloir se calmer un petit peu …
un tout petit peu.
Pour cette première chronique, j'aimerais vous dire d'où
me vient ma passion et ma volonté de m'engager dans le milieu
horticole. En vous racontant mon cheminement, vous comprendrez
mieux le sens de mes propos et les objectifs que je poursuis.
Mes premiers contacts avec le monde végétal remontent à
mon enfance. C'est ma grand-mère maternelle qui, la première,
m'a "contaminé". Je la suivais sur les talons chaque fois
qu'elle allait à son potager pour qu'elle m'apprenne comment
faire pousser les légumes. À un moment donné, j'ai eu droit
à un petit carré du jardin pour faire pousser mes premières
laitues et radis. Ma mère, qui aime les plantes elle aussi,
m'a donné trois sachets de graines de fleurs annuelles pour
que je les sème dans mon petit carré avec les laitues.
Ma grand-mère avait aussi une multitude de plantes d'intérieur
dans la grande vitrine de son magasin général. Je lui aidais
à faire ses tournées d'arrosage. Un jour, elle m'a donné
ma première bouture de bégonia. Ce fut ma première plante
véritablement à moi. À propos de ce bégonia, c'était un
Bégonia sempervirens à fleurs roses doubles. Il n'y avait
que ma grand-mère qui avait cette variété. Je n'en ai jamais
vu ailleurs jusqu'à ce qu'on sorte sur le marché, ce printemps,
une nouvelle variété de bégonia à fleurs doubles qui est
identique à celui de ma grand-mère. Parfois les nouveautés
ne sont pas aussi nouvelles qu'on le pense.
C'est la même chose pour une variété d'impatiente à feuilles
panachées et à fleurs lilas simples cultivée par ma grand-mère.
Jusqu'à l'année dernière, je pouvais dire que j'en avais
pratiquement l'exclusivité. Actuellement, un producteur
d'annuelles de la région de Québec en vend au marché. Quand
je l'ai questionné sur la provenance de cette variété d'impatiente,
il m'a dit qu'elle lui avait été offerte par l'un de ses
clients qui disait l'avoir reçu en cadeau d'une personne
qui ne savait pas d'où ça venait. Moi, j'ai une petite idée
de la provenance.
Jusqu'à la fin de sa vie, ma grand-mère et moi, nous nous
sommes échangé de nombreuses boutures de plantes d'intérieur
et de vivaces.
Au Cegep, c'est en technique des sciences naturelles que
je me suis dirigé. Je ne pouvais concevoir mon futur métier
ailleurs que dans la nature. Cette formation nous préparait
justement à travailler en forêt autant avec la flore qu'avec
la faune. Mes cours préférés étaient l'écologie et la botanique.
J'ai toujours aimé comprendre les détails pointus mais,
en les situant dans un contexte plus large. L'interprétation
d'un milieu naturel à partir de plusieurs détails d'observation
me fascine encore.
Comme technicien de la faune, j'ai travaillé dans les centres
éducatifs forestiers à Duchesnay et aux Palissades. Le travail
de naturaliste satisfaisait tous mes besoins : travail en
forêt et travail de sensibilisation à l'environnement auprès
des jeunes et du public en général.
Des coupures budgétaires au gouvernement m'ont fait perdre
mon emploi comme naturaliste. J'ai dû me retourner de bord
rapidement pour me trouver un autre travail dans un contexte
économique très défavorable. Et c'et là que mon hobby préféré,
le jardinage, est devenu mon gagne-pain. Mon premier travail
en horticulture a été à l'école de musique du Domaine Forget
dans Charlevoix. Je produisais des caissettes d'annuelles
et de légumes. Je n'avais jamais travaillé dans une serre
et j'étais seul. Cette expérience a été le début d'une période
où se sont succédé, durant une bonne quinzaine d'années,
plusieurs emplois en horticulture. J'ai eu la chance de
pouvoir toucher à presque tous les secteurs horticoles.
J'ai appris le métier d'horticulteur en travaillant, en
m'impliquant dans plusieurs sociétés d'horticulture et en
suivant des cours sur tout ce qui m'intéressait.
Mes grandes passions horticoles comprennent la culture
biologique des plantes comestibles et les bonsaï. Pour moi,
ces deux domaines de l'horticulture représentent quelque
chose de noble, d'apaisant et d'extrêmement satisfaisant.
Je puiserai certainement des idées de ce côté pour mes prochaines
chroniques.
Quel est mon métier aujourd'hui ? Depuis huit ans, je fais
plusieurs choses en horticulture. J'enseigne l'horticulture
au niveau professionnel secondaire (DEP) à Charlesbourg,
je m'occupe encore très activement du jardin communautaire
le Tourne-Sol, je donne des conférences un peu partout,
je fais de la consultation privée pour les aménagements
de terrain résidentiels, j'écris des articles dans des revues
et des livres (Mon premier potager, Créer un jardin communautaire,
Guide Botanix), j'ai une banque de photos horticoles, je
travaille comme juge pour le concours provincial Fleurir
le Québec, j'accompagne des groupes lors de voyages horticoles
(Costa-Rica, Hollande, Belgique, etc), et j'ai eu il n'y
a pas si longtemps des chroniques horticoles régulières
à la radio et à la télévision. Tout cela se chevauche et
s'amalgame pour faire une vie bien remplie. Je ne connais
pas l'ennui ni la routine.
Voilà. J'ai fait un tour rapide de mon cheminement horticole.
Il est diversifié mais, retenez que je suis intéressé par
tout ce qui pousse et qui fait de la photosynthèse et que
j'analyse toujours chaque geste horticole dans un contexte
environnemental. Que voulez-vous, je ne peux faire autrement.
Je vous invite à me signifier les sujets particuliers qui
vous intéressent et dont je pourrais vous parler dans mes
prochaines chroniques.
En attendant, je dois aller arroser mes plantes, elles ont
soif. À la prochaine.
Roll Grenier