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Avez-vous pris du temps cette année, après les sucres, pour
aller jeter un petit coup d'œil aux merveilles que
cache le sol de votre érablière? Avez-vous vu la beauté
fragile des hépatiques mauves, blanches ou roses? Ou celle
des grands trilles blancs, épanouis un peu plus tard ?
Peut-être même connaissez-vous une talle secrète d'ail des
bois. Vous y avez goûté, je parie. C'est une des plantes
sauvages les plus appréciées des Québécois.
Mais nul ne doit ignorer que l'ail des bois est une espèce
vulnérable, menacée de disparition dans nos forêts du Québec
si nous ne changeons pas nos habitudes de cueillette massive.
Ainsi, depuis 1995 une loi sévère -- accompagnée d'amendes
importantes -- interdit son commerce, et seule sa récolte
en petite quantité est autorisée aux fins de consommation
personnelle.
Y a-t-il des lecteurs de cette chronique qui ne sauraient
pas reconnaître l'ail des bois ? Je veux dire dans la nature,
pas dans des pots de marinade. Les deux ou trois feuilles
de chaque plante, assez semblables à celles du muguet, s'épanouissent
goulûment dès la fonte des neiges et emmagasinent l'énergie
du sol et du soleil pour faire grossir leur bulbe. Ce feuillage
jaunit et disparaît lorsque les couronnes des arbres coupent
l'ensoleillement. Ensuite, des bulbes qui ont atteint leur
maturité produiront une longue tige, terminée par une boule
de petites fleurs blanches. Celles-ci, avant de disparaître
à leur tour en juillet, donneront de petites graines noires
et lisses, dont certaines pourront poursuivre le cycle.
Mais des études scientifiques ont récemment démontré combien
la croissance et la multiplication de l'ail des bois est
lente en forêt. Il faut en général sept à dix ans avant
qu'une graine ne donne sa première fleur, ou avant que le
bulbe ne se multiplie par division. Il est facile de comprendre
pourquoi les talles éprouvent du mal, après une récolte
abusive, à se regénérer!
Ajoutons à ceci la disparition d'habitats. L'ail des bois
ne pousse spontanément que dans le sol riche des érablières
du sud du Québec, zone la plus susceptible aux pressions
de l'étalement urbain…
Voici donc pourquoi en mars 2000, Andrée Nault, biologiste
et chercheure au Biodôme de Montréal, a initié un programme
de réensemencement de l'ail des bois dans des érablières
privées de Montérégie, Lanaudière, Laurentides et Outaouais
- quatre régions les plus touchées par le déclin de l'espèce.
Quelque 200 propriétaires se sont engagés dans le programme
SEM'AIL en consentant à semer ou planter de l'ail des bois
dans leurs érablières et à en assurer le suivi au cours
des cinq prochaines années. Il sera intéressant de voir
à terme les résultats de cette action.
D'autre part, je connais des gens, à la campagne et en banlieue,
qui réussissent très bien à cultiver et multiplier de l'ail
des bois … simplement dans un coin de leur potager.
Ce ne sont certes pas des opérations commerciales. Mais
les familles y trouvent une façon fort commode - et écologique
-- de mettre sur leur table un petit régal printanier.
Pour en savoir plus long au sujet passionnant de la sauvegarde
de l'ail des bois dans la nature, consultez le site WEB
:
http://www.menv.gouv.qc.ca/chronique/2000/mars-juillet/000518_ail.htm</p>
Thérèse Romer
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