On
passe l'hiver à les imaginer à nos fenêtres, au nichoir devrais-je
dire, et le moment venu elles se laissent encore tirer l'aile
pour occuper la maisonnette qu'on a précieusement mise à leur
disposition. Vous y comprenez quelque chose ? Tous ces mystères
non résolus inquiètent sérieusement les amateurs comme s'il
s'agissait d'une question vitale;
Qu'y a-t-il de plus triste dans la cour qu'un nichoir sans
vie ? Et c'est pire quand elles sont venues, et qu'elles
ont pris la peine de nous séduire en entrant et sortant
de la petite maison qui trône au milieu de la cour. On peut
se compter chanceux encore si les moineaux les ont délogées
sans arriver à les tuer.
Il ne faut pourtant pas désespérer. Encore aujourd'hui,
le 1er juin, des amateurs m'informaient de l'apparition
soudaine d'un nouveau couple. Et ce n'est pas une exception,
loin de là. En fait, les hirondelles juvéniles nichent souvent
plus tardivement que les adultes. J'en vois à chaque année
qui fabrique un nid jusqu'au 15 juin. Leur présence ne vaut-elle
pas cette attente? Ces chères bicolores, que de soucis et
de joies à la fois !
Qu'on le veuille ou non, la saison avance. Les matricaires
ne sont pas encore en fleurs mais certaines nichées sont
remplies de jeunes vies. Après douze ou treize jours d'incubation,
les bébés ont quitté victorieusement leur coquille. Ils
ont tous vu le jour en même temps ou presque. C'est que
la femelle a commencé à couver ses oeufs après la ponte
du dernier oeuf seulement . La nature est ainsi faite, les
oisillons doivent grandir en même temps pour éviter que
les uns écrasent maladroitement les autres.
Les deux parents travaillent très fort pour nourrir leur
progéniture. Au début, elles rapportent des insectes qu'elles
auront préalablement digérés pour les ingurgiter à leurs
oisillons ensuite. Mais à mesure que la famille grandit,
les becs des parents regorgent d'insectes toujours de plus
en plus gros. Et les bébés goûteront vite à cette nourriture
crûment servie.
Ne soyez pas surpris par les nombreuses visites effectuées
au nichoir. Dans les moments les plus fort de l'alimentation,
les parents entrent dans le nichoir à toutes les cinq minutes.
C'est une véritable attraction que de les voir se démener
du lever du soleil au coucher.
Pour ceux et celles dont les nichoirs sont munis de petites
fenêtres, n'oubliez pas de dégager un côté aussitôt que
les bébés seront âgés de douze ou treize jours. C'est pas
toujours évident de reconnaître l'âge des oisillons mais
voici un truc facile et infaillible. Quand les parents ne
descendent plus au fond du nichoir pour offrir la becquée,
c'est que les jeunes en herbe ont grandi et peuvent maintenant
présenter leur bec dans l'entrée du nichoir. Ils en feront
autant une fois les fenêtres ouvertes.
Prenez le temps de visiter vos protégées. Une fois la semaine
n'est certainement pas de trop. Bien des amateurs n'osent
pas. Ils craignent à tort le départ prématuré de leurs hirondelles.
Allez-y doucement, en ouvrant délicatement le nichoir. Vous
pourrez ainsi constater l'état de la nichée et en apprendre
plus sur leur comportement. Votre intervention ne sera pas
superflue, on ne sait jamais, vous pourriez sauver la nichée
dans bien des circonstances. Comme la multiplication d'insectes
dans le nichoir peut entraîner la mort des oisillons; ou
encore, un bébé mort prématurément pourrait bien gêner les
parents dans la suite de l'attention à apporter à la petite
famille.
Hélas, tout ce jeune monde va nous quitter bien vite. Ils
mettront une vingtaine de jours, souvent moins, pour arriver
au stade de l'envol. Si vous êtes chanceux, vous pourriez
assister à leur sortie mais il faudra vous lever tôt. L'an
dernier, pour avoir le plaisir d'observer leur sortie, je
me suis permis de bloquer la sortie du nichoir dès la fin
de la journée. Tôt le matin, j'attendais qu'elles se décident
à faire le premier saut. Mon attente a été décevante toutefois,
les hirondeaux ressemblent tellement à leurs parents qu'on
dirait que ce sont ces derniers qui quittent le nichoir.
Une fois envolés, c'est leur maladresse qui les trahit.
Ils volent sur place en ne sachant trop où se poser. Il
faut assister à cette première leçon de vol qui vous tient
ébahi une bonne partie de la matinée. Encouragés par les
parents, les petits apprennent très vite à maîtriser leurs
ailes en se laissant glisser sur l'air. Ils prennent alors
de plus en plus de plaisir à gagner de l'altitude en profitant
pleinement de cette nouvelle liberté.
Encore un peu de temps et ils disparaîtront de la vue,
abandonnant le nichoir qui les a vus naître. Heure ingrate
s'il en est une, comme on aimerait les revoir se poser,
comme leurs parents, sur le toit de leur maisonnette. Mais,
il faut déjà les oublier, le temps que la neige tombe encore
et que nos rêves reviennent et se réalisent à nouveau.
René Lepage
Mont-Saint-Hilaire
Note: On peut lire aux adresses ci-dessous deux textes
du même auteur et intitulé
1) ÉLEVER DES HIRONDEAUX ? UNE TÂCHE MAGISTRALE !
2) LE GRAND DÉPART DES HIRONDEAUX
À la première adresse, on peut aussi voir les hirondeaux
élevés par Mme Véronneau à l'été 2000.
http://pages.infinit.net/hironbec/BilletRene5.htm