Les chroniques
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Ces chères bicolores, que de soucis et de joie à la fois

Par:René Lepage
 
On passe l'hiver à les imaginer à nos fenêtres, au nichoir devrais-je dire, et le moment venu elles se laissent encore tirer l'aile pour occuper la maisonnette qu'on a précieusement mise à leur disposition. Vous y comprenez quelque chose ? Tous ces mystères non résolus inquiètent sérieusement les amateurs comme s'il s'agissait d'une question vitale;

Qu'y a-t-il de plus triste dans la cour qu'un nichoir sans vie ? Et c'est pire quand elles sont venues, et qu'elles ont pris la peine de nous séduire en entrant et sortant de la petite maison qui trône au milieu de la cour. On peut se compter chanceux encore si les moineaux les ont délogées sans arriver à les tuer.

Il ne faut pourtant pas désespérer. Encore aujourd'hui, le 1er juin, des amateurs m'informaient de l'apparition soudaine d'un nouveau couple. Et ce n'est pas une exception, loin de là. En fait, les hirondelles juvéniles nichent souvent plus tardivement que les adultes. J'en vois à chaque année qui fabrique un nid jusqu'au 15 juin. Leur présence ne vaut-elle pas cette attente? Ces chères bicolores, que de soucis et de joies à la fois !

Qu'on le veuille ou non, la saison avance. Les matricaires ne sont pas encore en fleurs mais certaines nichées sont remplies de jeunes vies. Après douze ou treize jours d'incubation, les bébés ont quitté victorieusement leur coquille. Ils ont tous vu le jour en même temps ou presque. C'est que la femelle a commencé à couver ses oeufs après la ponte du dernier oeuf seulement . La nature est ainsi faite, les oisillons doivent grandir en même temps pour éviter que les uns écrasent maladroitement les autres.

Les deux parents travaillent très fort pour nourrir leur progéniture. Au début, elles rapportent des insectes qu'elles auront préalablement digérés pour les ingurgiter à leurs oisillons ensuite. Mais à mesure que la famille grandit, les becs des parents regorgent d'insectes toujours de plus en plus gros. Et les bébés goûteront vite à cette nourriture crûment servie.

Ne soyez pas surpris par les nombreuses visites effectuées au nichoir. Dans les moments les plus fort de l'alimentation, les parents entrent dans le nichoir à toutes les cinq minutes. C'est une véritable attraction que de les voir se démener du lever du soleil au coucher.

Pour ceux et celles dont les nichoirs sont munis de petites fenêtres, n'oubliez pas de dégager un côté aussitôt que les bébés seront âgés de douze ou treize jours. C'est pas toujours évident de reconnaître l'âge des oisillons mais voici un truc facile et infaillible. Quand les parents ne descendent plus au fond du nichoir pour offrir la becquée, c'est que les jeunes en herbe ont grandi et peuvent maintenant présenter leur bec dans l'entrée du nichoir. Ils en feront autant une fois les fenêtres ouvertes.

Prenez le temps de visiter vos protégées. Une fois la semaine n'est certainement pas de trop. Bien des amateurs n'osent pas. Ils craignent à tort le départ prématuré de leurs hirondelles. Allez-y doucement, en ouvrant délicatement le nichoir. Vous pourrez ainsi constater l'état de la nichée et en apprendre plus sur leur comportement. Votre intervention ne sera pas superflue, on ne sait jamais, vous pourriez sauver la nichée dans bien des circonstances. Comme la multiplication d'insectes dans le nichoir peut entraîner la mort des oisillons; ou encore, un bébé mort prématurément pourrait bien gêner les parents dans la suite de l'attention à apporter à la petite famille.

Hélas, tout ce jeune monde va nous quitter bien vite. Ils mettront une vingtaine de jours, souvent moins, pour arriver au stade de l'envol. Si vous êtes chanceux, vous pourriez assister à leur sortie mais il faudra vous lever tôt. L'an dernier, pour avoir le plaisir d'observer leur sortie, je me suis permis de bloquer la sortie du nichoir dès la fin de la journée. Tôt le matin, j'attendais qu'elles se décident à faire le premier saut. Mon attente a été décevante toutefois, les hirondeaux ressemblent tellement à leurs parents qu'on dirait que ce sont ces derniers qui quittent le nichoir.

Une fois envolés, c'est leur maladresse qui les trahit. Ils volent sur place en ne sachant trop où se poser. Il faut assister à cette première leçon de vol qui vous tient ébahi une bonne partie de la matinée. Encouragés par les parents, les petits apprennent très vite à maîtriser leurs ailes en se laissant glisser sur l'air. Ils prennent alors de plus en plus de plaisir à gagner de l'altitude en profitant pleinement de cette nouvelle liberté.

Encore un peu de temps et ils disparaîtront de la vue, abandonnant le nichoir qui les a vus naître. Heure ingrate s'il en est une, comme on aimerait les revoir se poser, comme leurs parents, sur le toit de leur maisonnette. Mais, il faut déjà les oublier, le temps que la neige tombe encore et que nos rêves reviennent et se réalisent à nouveau.

René Lepage
Mont-Saint-Hilaire

Note: On peut lire aux adresses ci-dessous deux textes du même auteur et intitulé 
1) ÉLEVER DES HIRONDEAUX ? UNE TÂCHE MAGISTRALE ! 
2) LE GRAND DÉPART DES HIRONDEAUX
À la première adresse, on peut aussi voir les hirondeaux élevés par Mme Véronneau à l'été 2000.

http://pages.infinit.net/hironbec/BilletRene5.htm

http://pages.infinit.net/hironbec/BilletRene5a.htm

 

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