En
fait, j’ai toujours eu des mésanges dans la cour mais
jamais plus de deux ou trois à la fois et encore, me fallait-il
attendre la saison froide pour les retrouver à la mangeoire.
Je me disais à chaque printemps que le temps de la nidification
les obligeait à gagner les bois et j’acceptais toujours
tristement de me résigner à cette attente obligée. Qui n’aime
pas les voir sautiller d’une branche à l’autre?
Elles le font si gaiement d’ailleurs qu’il est
difficile de les ignorer.
Certains amateurs sont plus chanceux et c’est le
cas de mon frère Roger. Sa cour est encerclée d’un
bon kilomètre de sapins et les mésanges sont si nombreuses
et si familières qu’on ne lève plus la tête aussi
souvent pour les regarder. Pour dire vrai, les mésanges
font la queue pour accéder à la petite mangeoire qui leur
est exclusive. C’était tout le contraire chez moi,
la saison 2001 mise à part, je m’obligeais à rafraîchir
les graines pour combattre la moisissure.
C’est fini maintenant, heureusement ! Les mésanges
habitent ma cour depuis le début de l’été et elles
se font si nombreuses qu’il n’est pas rare de
les voir au silo quatre ou cinq à la fois.
Auraient-elles donc décidé de s’ajouter à mon bonheur
d’observer les oiseaux? Croyez-vous? Sauf que ma cour
est devenue au fil des trois dernières années une micro
faune invitante pour les oiseaux. Les érables ont été abattus
et le sorbier a pris la place, l’amélanchier aussi,
le viorne, le cerisier, le merisier, le mûrier, tous ont
agréablement tapissé ma cour d’une végétation riche
et luxuriante. À cela, plusieurs plantes destinées aux oiseaux
ont été mises en terre. J’ai été agréablement surpris
cette saison d’observer les mésanges fouiller de leur
bec fin les têtes garnies du silphium.
Comment peut-on intéresser les oiseaux sans leur offrir
l’eau qui leur est indispensable?
Un plan d’eau qui traverse la cour sur une soixantaine
de pieds a vu le jour et le pourtour ressemble davantage
à un marais calme et discret qui accueille les grenouilles.
Si les arbres fruitiers ont grandi, les cèdres ont atteint
l’âge adulte. C’est bien là que les mésanges
se faufilent pour échapper aux poursuites ou encore pour
se reposer.
Il y a plus encore, j’offre aux mésanges du tournesol
frais dont elles aiment se régaler. Du beurre d’arachide
aussi que je dispose à vue sur les branches dénudées d’un
pommetier. Évidemment, le silo d’arachides est très
populaire. En plus des pics mineurs et chevelus, les mésanges
lui font grand honneur. Pour satisfaire toute la clientèle,
j’ai dû en ajouter un deuxième.
Curieusement, dois-je le dire, un autre facteur a fait
toute la différence. C’est l’absence de moineaux
dans la cour. Jadis, ils étaient nombreux aux mangeoires,
querelleurs, criards, armés de leur bec puissant et toujours
acharnés à gagner les premières places. Comment alors encourager
les plus petits à s’approcher? Bien entendu, les mésanges
n’avaient pas le choix de capituler.
René Lepage
Saint-Hilaire