Les chroniques
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La neige: la meilleure amie du jardinier!

Au moment où j'écris ces lignes, il fait une bonne petite tempête à l'extérieur. Des vents assez forts sévissent, poussant une neige ressemblant à de la grèle dans chaque recoin de mon jardin. Et je suis content, très content, car si cette neige hâtive peut rester (malheureusement, une neige de novembre ne dure pas toujours), elle sera garante d'un bon hiver pour les jardiniers de la région.

Tout le monde semble pester contre la neige et rêve d'y échapper, d'aller dans le sud pour l'oublier. Moi, je l'adore... et je pense que c'est parce que je suis jardinier jusqu'à l'os. Car je sais que la neige dans un pays nordique, est la meilleure amie du jardinier.

Un hiver sans neige...
Imaginez ce que serait le jardinage dans cette partie du monde s'il n'y avait pas de neige! Avec les températures frisant les -40 °C que nous connaissons, le sol gèlerait en profondeur et la froidure s'infiltrerait jusqu'à 20, 40 ou même 60 cm dans le sol. Or peu de végétaux peuvent survivre à des froids aussi intenses. On risquerait donc de perdre la majeure partie de nos arbustes, vivaces et arbres, car, même chez les arbres indigènes, les racines sont moins résistantes au froid que les branches. Sans une bonne couverture de neige, le jardinage dans les pays nordiques serait presque impossible.

... et un hiver avec de la neige
Mais que se passe-t-il lorsque le sol est bien couvert de neige et qu'arrivent les gros froids? La neige, avec tous ses espaces d'air, sert d'isolant, empêchant le froid de pénétrer trop profondément dans le sol. Même quand il fait -40 °C avec le facteur vent, au niveau du sol il fait souvent seulement -1 °C. C'est toute une différence! En fait, la plupart du temps, le sol ne gèle qu'à quelques centimètres de profondeur en novembre et décembre, pour dégeler complètement sous une bonne couche de neige en janvier et février, et ce, grâce à la chaleur emmagasinée dans les profondeurs du sol. Ainsi, dès que la neige fond au printemps, les bulbes, ces premières fleurs de l'année, sont déjà sortis du sol, prêts à fleurir, car ils ont pu pousser sous la neige dans le sol dégelé.

Vous ne croyez pas que la neige peut servir de protection thermale? Ne nous dit-on pas que, si on est perdu dans la forêt par un temps très froid, de s'abriter avec de la neige pour ne pas risquer des engelures? Eh bien, c'est la même chose pour les plantes. Et c'est pour cette raison qu'il est possible de cultiver, dans les régions du Québec où la neige est abondante, une plus grande variété de végétaux que dans les régions où il n'y a pas d'accumulation de neige durable... et que les végétaux qui y poussent sont en meilleur état au printemps.

Ainsi, comparons un jardin situé à Québec ou à Ottawa, où la neige apparaît tôt et reste longtemps, avec un jardin de Montréal, où la neige fond vite, exposant la terre nue aux péripéties de l'hiver. Au printemps, beaucoup moins de plantes sont mortes dans les régions enneigées et, de plus, elles sont en grande forme. Même si la neige y disparaît à une date plus tardive qu'à Montréal, nous avons vite fait de les rattraper, au niveau croissance, car nos plantes sont pétantes de santé. À Montréal, on perd beaucoup de vivaces à tous les ans (sauf les rares années où la neige tombe tôt et reste longtemps). Et celles qui survivent prennent souvent un mois ou deux pour s'en remettre. Dans nos régions, les jardins sont plus verdoyants, plus fleuris - et pourquoi ne pas l'admettre? - plus jolis, et ce, en grande partie à cause de la neige.

Quand on parle à quelqu'un qui a déjà jardiné ailleurs, on découvre vite qu'il se rend très bien compte de la différence. Un jardinier très réputé, dont je ne mentionnerai pas le nom, faute de pouvoir le contacter pour obtenir son autorisation, quitte à tous les étés sa résidence new-yorkaise pour faire son vrai jardin dans la région de la Malbaie.

Demandez-lui ce qu'il pense du climat de notre coin: il répond, inévitablement, que c'est tout simplement le meilleur dans l'Est de l'Amérique du Nord pour jardiner. Je suis moi-même originaire de Toronto: quand j'étais jeune je regardais mon père remplacer, un hiver sur trois ou quatre, la moitié de ses vivaces. Mais dans mon coin de pays enneigé, je ne perds presque rien, même pas les plantes qui, théoriquement, ne peuvent pas pousser en zone 4.

En effet, je réussis à cultiver en permanence des glaïeuls, voire même des figuiers - des plantes de zone 7 ou plus - en autant que je m'assure de planter ces végétaux particulièrement tendres un peu plus profondément qu'à la normale et là où la neige s'accumule en grande quantité. Bien sûr, les parties aériennes de ces plantes presque subtropicales meurent à tous les ans, mais en empêchant le sol de geler à plus de quelques centimètres de profondeur (grâce à la neige), leurs racines sont protégées du froid et elles peuvent donc non seulement survivre, mais même profiter. Même les rosiers hybrides de thé survivent sans difficulté à l'hiver dans nos régions... s'ils sont cultivés sur leurs propres racines. J'admets bien que, sans protection, la partie exposée à l'air peut geler, mais au printemps la plante reprend à partir du niveau du sol. Ce sont les variétés greffées, celles dont la variété désirée pousse sur un autre rosier (donc qui croît uniquement en surface du sol où elle est exposée davantage au froid), qu'on perd encore et encore, à tel point que je me demande pourquoi les centres-jardin persistent à vouloir nous en vendre! Mais enfin, ça c'est une autre histoire.

Que c'est beau!
Un autre avantage de la neige est qu'elle embellit nos jardins. L'hiver, je vous le jure, est aussi long à Toronto qu'au Québec, mais, sans neige, il paraît deux fois plus long, car tout y est triste et gris pendant des mois. Il y a là de quoi faire une dépression! Dans mon jardin, par contre, les dernières fleurs de l'automne- colchiques, crocus d'automne, chrysanthèmes, etc. - sont encore épanouies lorsqu'arrive les premières neiges et, le lendemain de la fonte des neiges au printemps, les premiers perce-neige sont déjà en fleurs. Ce n'est jamais triste et gris chez moi: on passe de la floraison à un beau tapis blanc à une autre floraison.

Quand même des dommages
Bien sûr, il arrive que la neige, lorsqu'elle tombe en abondance, endommage nos arbres et fait plier nos conifères, mais c'est là un mal pour un bien. Les branches qui cassent étaient déjà maladives ou faibles (une source potentielle d'infestations d'insectes ou de maladies) et auraient pu emporter l'arbre si on les avait laissées sur place. Mais élagué de ses branches porteuses de problèmes par une abondante chute de neige, l'arbre risque de pousser mieux que jamais. C'est comme si Dame Nature lui offrait une taille gratuite! Plus rarement, l'arbre au complet, ou une partie entière, tombe lors d'une tempête de neige. Voilà qui paraît triste - cela prend tellement d'années pour faire pousser un arbre! - mais, encore une fois, on devrait s'en réjouir. Si cela arrive, c'est que l'arbre avait une faiblesse majeure - maladie, carie, etc. - et était mourant de toute façon. Aussi bien donc qu'il tombe en pleine tempête hivernale, où tout le monde est bien à l'abri dans la maison, qu'en plein été, lorsqu'on travaille dans le jardin ou que les enfant jouent dans la cour. Et un arbre tombé, voilà qui ouvre la porte à plein de possibilités pour le jardinier: plus de soleil pour plus de fleurs, de nouveaux aménagements, etc.

À la neige, je ne vois que des avantages. Je souhaite qu'il en tombe en quantité cet hiver, qu'elle arrive tôt et qu'elle reste longtemps: c'est là une garantie que j'aurai un beau jardin l'an prochain. Vive la neige, vive l'hiver, vive les très beaux jardins nordiques!

 

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