Les chroniques
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Chronique de
René Lepage
Pour un temps seulement
Les hirondelles noires étaient reines dans leur château
Par: René Lepage, Hironbec

La belle température que nous avons connue jusqu’à maintenant au Québec a de quoi faire rêver les amateurs d’hirondelles bien davantage que les amateurs de sports d’hiver. Tant pis pour les amateurs de skis et de motoneiges, si ça continue, ils seront bien obligés de se recycler au VTT. Comment penser autrement? Même les moineaux ont commencé à se faire des clins d’œil
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Un beau projet pour la prochaine saison serait celui d’intéresser les hirondelles bicolores ou encore les noires à un nichoir érigé dans la cour. Une excellente activité d’ailleurs pour ceux qui auraient le goût de bricoler un peu. Les livres ne manquent pas sur le sujet et internet fournit de vraies bonnes suggestions. Il suffit de prendre le temps de naviguer.

Les bicolores seront les premières à chanter leur joie. On les verra aussi tôt que la première semaine d’avril, pour les gens du sud du Québec tout au moins. Pour les autres, il faudra attendre un mois de plus. Un long mois d’inquiétude parfois, à se demander non seulement si elles viendront mais si elles s’installeront. Il faudra attendre une dizaine de jours de plus pour ceux et celles qui sont à quelques kilomètres des cours d’eau importants.

Quant aux hirondelles noires, elles sont plus tardives. On en verra bien quelques-unes à la mi-avril qui se réchaufferont à quatre, même à six, dans le même compartiment, mais c’est surtout à la fin de ce même mois qu’elles se feront plus nombreuses et plus actives aux condos qu’on aura pris soin de surélever à environ seize pieds.

J’ai bien hâte de voir ce qu’elles me réservent pour cette nouvelle saison. Viendront-elles seulement? Il ne restait plus que quatre couples à la fin de la dernière saison. On se rappellera du malheureux ravage qu’avait produit l’épandage irresponsable des insecticides dans la région de St-Hyacinthe.  Quatorze couples sur dix-huit avaient été complètement décimés.

À ce temps-là, je poursuivais une expérimentation qui m’a semblé des plus intéressante et dont je voudrais vous faire part maintenant. Au cours de la saison 2000, huit couples d’hirondelles noires avaient perdu tous leurs œufs. Ils disparaissaient comme par enchantement les uns après les autres, d’une semaine à l’autre. Mes visites hebdomadaires que je notais minutieusement en témoignaient largement.

J’ai d’abord eu la conviction que les quiscales bronzées se déguisaient en pirates volants pour subtiliser le butin des noires. Mais un observateur m’a fait savoir que les geais bleus damaient drôlement le pion à ces bruyants oiseaux noirs. Il les vit donc plus d’une fois, au petit matin, déjeuner à même une ponte fraîche. Les hirondelles noires n’avaient vraiment pas le choix de capituler face à ces truands affamés, pourtant si désirables en d’autres circonstances.

Pour remédier à ce triste pillage, j’ai mis au point une double entrée. Ainsi, chaque compartiment du condo se trouvait rallongé de plus de deux pouces. Je croyais alors que les geais bleus ne pourraient tout simplement pas allonger suffisamment le cou pour se saisir de cette bénéfique vitamine.

Ces doubles entrées ont été installées dès le début de la saison 2001. 22 compartiments sur 44 en étaient munis. Je me demandais bien comment les oiseaux réagiraient au fait d’avoir à traverser deux entrées avant de gagner leur nid. D’autant plus qu’en se faisant, le balcon habituel disparaissait quasi complètement et que la fabrication du nid me semblait drôlement plus compliquée. On peut imaginer les oiseaux travaillant à la confection de leur nid, s’engageant dans l’entrée avec de longues brindilles qui font souvent trois fois le diamètre de l’entrée. Il faut une grande détermination aux oiseaux pour transporter tout ce matériel tout au fond du compartiment. Je pensais que ce travail exigeant allait peut-être les décourager et les inciter à choisir un lieu où les matériaux seraient plus faciles à manipuler.

J’avais tort. Les dix-huit couples ont choisi d’emblée les compartiments munis d’une double entrée. Pas un seul oiseau n’a osé se risquer dans les compartiments munis d’une seule entrée. Plus encore, pas un seul œuf n’a été dérobé. Les geais bleus sont sûrement revenus, les quiscales aussi, mais pas un seul n’a pu étirer suffisamment le cou pour se servir.  Compte tenu de ces premiers résultats, toutes les entrées ont alors été doublées.

Les hirondelles noires avaient de quoi pavoiser cette fois. Elles pouvaient vaquer aux tâches de la petite famille sans craindre d’être dévalisées à tout moment. Pour un temps seulement, elles étaient devenues reines dans leur château. Les geais n’entraient pas, plutôt ce sont les parents qui rapportaient au logis des insectes fardés aux insecticides. Espérons que la prochaine saison sera meilleure.


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