Les chroniques
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Doit-on se résigner à leur expansion finalement?
Par René Lepage

J’ai souvenir des ces nombreuses randonnées dans les bois de mon adolescence, à quelques centaine de pieds seulement de l’école Chapais, à Cap-De-La-Madeleine, l’école de mon secondaire. La cloche qui sonnait la fin de la journée scolaire me rappelle encore aujourd’hui le plaisir éprouvé à la seule pensée d’entreprendre la tournée de mes trappes d’écureuils.

Sac au dos, j’allais de ce pas visiter les bois, l’air heureux à l’idée que les prises seraient nombreuses. En réalité, l’ingéniosité de ce petit animal à fourrure arrivait presque toujours à déjouer mes plans. Quand enfin, il se laissait prendre, j’étais fier de l’introduire dans ces grandes cages que nous leur destinions et dans lesquelles nous avions pris soin d’y ajouter une roue qui encourageait les exercices.

De grands moments à vrai dire qui remplissaient mes heures de loisir. Tout a bien changé aujourd’hui, la forêt de sapins qui s’étendait bien au delà de la voie ferrée a été remplacée par de jolies maisons, souvent sans un seul grand arbre pour accueillir les oiseaux délogés.

Pour dire vrai, tous mes samedis était consacrés à visiter les trappes. Bien que la faim me tenaillait, la journée entière y passait. Ma joie était sans pareille quand les trappes en bois réussissaient à retenir captive une de ces bêtes. Souvent, j’y avais mis trop de temps et l’écureuil avait réussi à s’échapper en rongeant la porte.

On les trouvait fort jolies ces petites bêtes en ce temps-là, mais aujourd’hui, c’est une autre histoire. Chez-moi, à Mont-Saint-Hilaire, ce sont les gris qui me tracassent. Ils sont gros comme des chats et si effrontés qu’ils pourraient manger à notre table si on les laissait faire. Ils ont l’air d’avoir pris la relève, comme si une revanche était devenue nécessaire. C’est vrai que les maisons ont remplacé les sapins, que les sentiers des bois ont été bétonnés et que la densité des humains s’est considérablement accrue. Du même coup, les écureuils se sont retrouvés dans nos cours à jouer les acrobates sans rien avoir à envier au Cirque du Soleil. Même un fil glacé n’arrive jamais à les faire chuter. Ils jouent à cache-cache aux mangeoires et ils déterrent les précieux bulbes de nos jardins. L’automne venu, aucun tournesol ne leur résiste. Ils y grimpent et coupent méchamment les têtes. Ils fuient ensuite avec cette manne qui les fait trébucher à chaque pas.

Récemment, un technicien de Bell m’a informé que les écureuils étaient la cause de la panne de mon ordinateur. Ils rongent les fils qui transportent nos messages, comme si le frétillement de la ligne leur laissait espérer une nouvelle source de nourriture. Que dire de tous ces beaux arbres qu’ils abîment impunément? Les dégâts sont devenus incommensurables. Mais, à bien y penser, sont-ils vraiment les seuls envahisseurs?

Depuis deux ans, j’ai entrepris de leur barrer la route. Rassurez-vous, je ne les détruis pas, il le faudrait peut-être, mais j’en suis tout à fait incapable. Mes souvenirs de jeunesse sans doute qui refont surface? Je les déporte plutôt. Mais alors je déplace le problème me direz-vous? Je sais que d’autres aussi font comme moi en les retournant à la montagne. Ainsi, les écureuils vont et viennent d’une ville à l’autre sans grand dommage et sûrement, en n’y comprenant rien du tout au mal fou que nous nous donnons pour les éloigner de nous.

Les écureuils n’ont pas de prédateurs à vrai dire, l’homme mis à part. Leur nombre croît d’une année à l’autre. Il y a quelques années à peine, ils s’aventuraient dans ma cour un seul à la fois, et encore durant la belle saison seulement. Aujourd’hui, ils sont là à l’année longue, beau temps mauvais temps, recherchant toujours le terrain de jeux idéal. C’est souvent trois ou quatre à la fois qui se chamaillent sur mon terrain. Puis, faim oblige, ils s’installent longuement aux mangeoires, comme des pachas obligés de s’empiffrer, laissant en retrait tous les oiseaux attendus.

Doit-on se résigner à leur expansion finalement? Ne devrait-on pas plutôt commencer à contrôler leur population, je vous le demande?

René Lepage
Hironbec

 


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