Les chroniques
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LES MÉSANGES À TÊTE NOIRE ONT NICHÉ DANS MA COUR

C'est la première fois que les mésanges à tête noire se reproduisent chez moi. On m'avait prédit qu'elles ne se laisseraient pas gagner facilement. Pourtant, c'est arrivé. Quelle chance! Elles avaient l'habitude de me quitter, très tôt au printemps elles s'éloignaient de la maison pour regagner les grands arbres, bien avant la fonte des dernières neiges. Mais ce printemps, elles étaient toujours assidues à cette petite mangeoire exclusive, mise en place depuis un long moment sous le grand cèdre qui borde l'entrée arrière de la maison.

Dès la première semaine d'avril, le nichoir trônait déjà à 10 pieds du sol. À la mi-mai, même si la patience ne m'avait pas encore abandonné, je commençais à désespérer alors que le nichoir était encore boudé. Je me consolais alors à l'idée que je venais d'ajouter une option de plus aux bicolores qui ne tarderaient plus maintenant à se manifester.

Ce matin-là, alors que j'achevais mes lectures matinales, une mésange vint se percher dans le merisier bientôt en fleurs. Dans son bec délicat, elle caressait une pincée de fines brindilles. En suivant son parcours tortueux, du merisier au mûrier, au viorne puis à l'amélanchier qui se trouve à un petit coup d'ailes du nichoir, elle se faufila dans le nid douillet avec l'assurance certaine d'être seule au monde. Inutile de décrire ma joie! Le plus beau des cadeaux vous dis-je! Même que mon exclamation a fait japper le chien de la maison qu'il a fallu gronder à mon tour pour obtenir son silence.

Le nichoir utilisé est du même genre que ceux que je destine habituellement aux hirondelles bicolores, en aluminium sauf la façade et la base qui sont faits de bois. Contrairement aux recommandations trouvées dans plusieurs bouquins, j'ai préféré une entrée d'un diamètre de 1 ½ pouce. Je sais que c'est contraire aux normes connues mais 1 1/8 pouce ne serait-il pas un passage un peu étroit ? Et puis, les oiseaux n'ont-ils pas tendance à adopter la facilité avant tout? Oui, c'est vrai, il y a toujours les moineaux qui rôdent et qui s'accaparent presque toujours des meilleures places. Voilà justement pourquoi l'utilisation du pendule anti-moineaux était tout désignée. Surtout que les mésanges n'ont pas eu l'air de voir la différence.

J'aurais pu doubler l'entrée du nichoir après son adoption par les mésanges. Une petite plaque d'aluminium d'une ouverture de 1 1/8 pouce aurait très bien fait l'affaire. Sauf que la période durant laquelle les mésanges s'installent est plutôt critique quand les moineaux sont abondants dans la cour. Il n'y avait donc pas de chances à prendre, le pendule était la solution. Même les bicolores ne seraient pas arrivées à les déloger si elles avaient osé se présenter.

Une petite famille de six a donc joyeusement grandi sous mes yeux, sous le regard émerveillé de mon épouse qui partageait cette rare présence. Après l'éclosion, la chasse sérieuse aux insectes a commencé. Si les bicolores chassent dans le ciel, les mésanges en font autant en courant sur les branches, sans jamais se soucier de notre présence. Elles ont l'œil vif pour dénicher une becquée d'insectes dans le temps de le dire. Puis, furtivement, elles accouraient vite dans le nichoir. Elles en ressortaient aussitôt pour recommencer une nouvelle course qui me laissait tout autant admirateur. En prime, elles ne se privaient jamais de chanter, et même de siffler comme pour dire à l'autre j'arrive! Que dire de cette fois où l'un des parents bloquait l'entrée du nichoir. Deux ou trois appels m'ont fait lever la tête de curiosité. C'est alors que l'oiseau a libéré le passage en s'étirant de son mieux.

Cent fois elles se sont mises à la poursuite des insectes qui avaient toujours l'air de les attendre tellement les captures semblaient faciles. Puis, d'un coup d'aile maladroit d'abord à un autre plus rassurant, la petite famille s'est éloignée peu à peu; les unes après les autres, sauf la petite dernière qui s'est dangereusement attardée près de l'étang. Pour l'instant, ce sont des parents inquiets qui vont d'une branche à l'autre en veillant sur une progéniture indisciplinée qui ne cesse de quémander. Elles sont disparues ensuite dans les arbustes qui bordent le côté de la maison, sûrement à la recherche de ces premiers insectes dont elles apprendront vite à se gaver.

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