Les chroniques
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Les oiseaux aiment bien s’habiller autrement en automne
René Lepage
Hironbec


Un été chaud mais beau à vouloir en profiter le reste de l'année. Voilà de quoi se rappeler quand le froid nous saisira de toutes parts. Le temps passe si vite, il a presque fini de bouffer l'été. Je le vois par les fruits du viorne qui ont noirci. Les merles d'Amérique en sont friands d'ailleurs. Ils se tiennent là, toujours affamés, à honorer cette table bien garnie.

Depuis un certain temps déjà, les bicolores ont quitté l'arrière-cour. Enfin pour ceux et celles qui ont eu la chance de les accueillir. La saison ne fut pas terrible du côté des bicolores, même les noires ont déserté les condos. Curieuse cette nature qui ne répond pas toujours à nos attentes. Elle est massacrante parfois, comme ce printemps froid, pluvieux et venteux, qui a tué des milliers d'hirondelles, des noires comme des bicolores. Curieusement, on en vient toujours à lui pardonner ses fougues imprévisibles. Consolons-nous toutefois puisque les amateurs chevronnés prévoient déjà que les hirondelles seront plus nombreuses encore la saison prochaine. Je veux bien le croire. Et vous ?

Ce sont les oiseaux aux mangeoires qui ont commencé à occuper la cour. Ils sont nombreux à accompagner les bébés et à les initier aux graines. C'est le cas des roselins familiers ici, ils ont été rares cet été mais ils sont réapparus nombreux. J'aime les entendre se disputer aux mangeoires. Franchement, leur présence avait commencé à me manquer.

Il y a les pics mineurs bien sûr, comme la saison dernière, ils sont fidèles aux arachides. Ils ne sont pas les seuls d'ailleurs à se gaver au silo, les mésanges en profitent aussi. Elles m'ont fait la surprise d'occuper le nichoir que j'avais mis à leur disposition au début de ce printemps. Un bonheur qui a duré le temps d’élever une nichée de six oisillons.

Parlant de bonheur, il faut que je vous dise que mon couple de cardinals a fait deux nichées dans l’érable du voisin. À chacune, ils ont pris soin de venir présenter le p’tit dernier. Ils étaient quatre ce matin à poser fièrement sur le plateau de carthame. Le bébé de la première nichée décortiquait déjà des graines et son plumage montrait un peu de rouge sur la poitrine. Quant au plus jeune, il persiflait comme un voyou. À le voir ainsi quémander haut et fort, on aurait dit qu’il avait été abandonné. Pourtant, des parents dévoués n’avaient d’attention que pour lui. C'est charmant de les voir s’engager secrètement dans le mûrier comme s’ils étaient coupables d’un vilain tour.

Avez-vous entendu les bébés chardonnerets? Ils ont presque tous quitté le nid douillet maintenant. Ils braillent presque tout le temps à ce temps-ci de l’année. Mais ils sont tellement beaux lorsque par dizaine ils jouent aux acrobates dans les fleurs de silphium. C’est comme ça à chaque année, les parents me boudent durant les jours chauds pour finir par revenir avec une marmaille nombreuse.

Je veux bien croire que c’est ma cour qui les attire ainsi, surtout que la nourriture y est abondante. Vous devriez les voir se tremper les pieds dans l’eau du bassin. Sur la pointe des pieds d’abord, pour finir par éclabousser l’eau de leurs ailes. C’est en toute sécurité qu’ils se réfugient ensuite dans le viorne d’à côté pour endimancher leurs plumes.
Il y a aussi ce chat noir qui ne rate aucune occasion de ramper jusqu’aux mangeoires. Il est jeune et beau et je le vois tous les matins s’aventurer dans mon jardin. Il progresse lentement le ventre au sol comme s’il avait déjà l’expérience des aînés. Évidemment, les oiseaux sont froussards et s'enfoncent rapidement dans les cèdres du voisin. Il me faut alors m’approcher en frappant des mains pour que ce quadrupède effronté fasse demi-tour.

Je ne déteste pas les chats mais je dois avouer que pas un seul n’a jamais habiter la maison. Les oiseaux et les chats ne font pas bon ménage, voyez-vous. Alors, j’en ai pris mon parti. Les oiseaux d’abord et que les chats se tiennent loin de mon jardin avant que mon impatience ne m’oblige à leur tendre une souricière.

Ce matin encore, il y a eu ce jeune roselin qui a foncé dans la grande fenêtre du solarium. Pauvre de lui, heureusement il a pu se rattraper sur une branche du merisier, complètement abasourdi par cette mésaventure matinale. C’est assez fréquent que cela se produise ici. Le solarium est entouré de grandes fenêtres, alors la tentation est irrésistible de vouloir couper court. L’effet miroir de ces fenêtres est un danger réel pour les oiseaux, même pour les habitués de la cour.

La chaleur de l’été nous a presque étouffés et qui n’a pas espéré des jours plus frais. C’est comme si dame nature avait voulu nous faire penser à l’hiver. On sait pourtant qu’on s’y prépare toujours peu à peu. En fait, à mesure que la sève des arbres paralyse, les couleurs du jardin se font plus tristes et on dirait que le goût de l’automne revient. C’est beau l’automne! Les arbres s’endorment peu à peu et comme pour nous apprivoiser, ils se parent de leurs plus beaux atouts. Qui donc resterait insensible à tant de splendeur?

L’été ne met jamais de gants blancs pour nous quitter tandis que l’automne est une invitation aux couleurs criantes et changeantes, faites de rouge, de jaune et de brun. Les arbres se colorent de différentes manières, un peu comme les oiseaux aiment bien s’habiller autrement en automne.

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